27 mars 2006
Sommaire
Bienvenue sur "Sur le fil de la vie"
Cette fois-ci, je m'organise tout de suite avec un sommaire. C'est à partir d'ici que vous pourrez accéder aux mises à jour.

Chapitre 1 : le jour où tout bascula
Cette journée avait pourtant si bien commencé. Comment pouvais-je me douter qu'elle marquerait un tel tournant dans ma vie ? Comment aurais-je pu imaginer que tant de tristesse allait en découler ?
Pourtant, c'était un jour comme les autres. Ulym, mon époux depuis bientôt 6 ans, se préparait à partir au travail. Il travaille comme consultant dans une entreprise de produits cosmétiques. Ne me demandez pas ce qu'il fait réellement, je n'en sais rien. J'ai fait des études, en même temps que lui, mais j'ai très peu travaillé. Nous nous sommes mariés et avons eu une famille à assumer très tôt, donc nous avons décidé qu'il commencerait sa carrière, et que l'un de nous, moi en l'occurrence, resterait à la maison.
Comme
tous les jours, donc, je l'embrassais avant qu'il ne parte travailler. Il avait
l'air d'excellente humeur ce matin là, et me retourna mon baiser avec une lueur
coquine dans l'œil.
" A
ce soir, ma belle…
- A ce
soir, mon amoureux, travaille bien…"
Comme tous les jours, après le départ d'Ulym, j'ai préparé les filles et je les ai amenées à l'école. Sur la route, nous faisions des projets pour l'après midi, car c'était mercredi, et je comptais aller en ville avec elles.
J'ai ensuite occupé ma matinée à de menus travaux ménagers, et surtout, à pouponner mon Luke. Lui ne va pas à l'école, mais l'année prochaine, il faudra que nous y songions. Alors, je profite avec délice de ces moments d'intimité que la grande maison vide nous offre. C'est un petit garçon tellement espiègle ! Il est sans arrêt en train de sourire, et je fonds chaque fois que je le regarde, retrouvant dans ses traits, le visage tant aimé de mon Ulym.
Vers midi ce jour là, j'ai récupéré les filles à leur école. Maïa et Lou sont deux fausses jumelles, complices comme on l'est à cet âge là, comme je l'étais avec ma sœur, Aniava. Elles se sont très récemment piquées de l'idée de me donner un coup de main dans les travaux ménagers. Surprenant, mais j'avoue que ce n'est pas pour me déplaire ! J'ai pu en profiter pour me préparer à sortir et appeler une nounou pour garder Luke.
Et bien
oui, l'après midi, il fait une sieste, et les filles étaient trop pressées de
sortir pour attendre. Peu importe, après tout, ce n'est pas forcément l'idéal
de faire les boutiques avec des enfants en bas âge. Aussi, j'ai accédé à leur
caprice. Je crains particulièrement ces bébés qui braillent dans les magasins,
et même si Luke le fait de moins en moins, on n'est pas à l'abri d'une petite
crise…
L'après-midi que nous avons passée fut merveilleuse. On a butiné de boutique en boutique, les filles me demandant malicieusement diverses petites choses. Oh, bien sûr, elles savent que papa et maman ne peuvent pas tout acheter. Mais pour quelques petits jouets, j'ai accepté de sortir mon portefeuille.
Oui, ce fut une magnifique après-midi. Comment aurions-nous pu imaginer que le soir même, notre destin tournerait ?
Lorsque nous sommes revenues, un message m'attendait sur le répondeur. C'était Ulym qui m'annonçait qu'une fois de plus il resterait tard au boulot, et se répandait en excuse. C'est vrai que ça arrive souvent, mais il a du batailler pour obtenir ce poste, car il n'avait pas d'expérience, et j'ai parfois l'impression qu'il doit mériter ce travail chaque jour.
A 19h30, j'ai donc servi le dîner aux filles. Elles étaient encore tout excitées par notre après-midi, et me racontaient en détail les histoires qu'elles avaient inventées avec leurs nouveaux jouets. Elles ont l'habitude de ne pas voir leur père à dîner, mais comme il se rattrape dès qu'il est à la maison…
La soirée s'écoulait paisiblement. Les filles, ces petites coquines, sachant que je dis rarement non pour une petite demi-heure, étaient installées devant la télévision. Tout en débarrassant la table, je les écoutais commenter leur émission favorite, la Sims Académie. Moi, je ne cours pas vraiment après cette émission, mais bon… si ça leur fait plaisir, une petite demi-heure ne leur fera pas de mal…
"Maman,
maman !! Regarde, viens voir comme Sonia est bien coiffée ! Et comme elle
chante bien, c'est notre préférée !
-Parle
pour toi, lui répondit Maïa. Ma préférée à moi, c'est Brenda, elle est vraiment
trop jolie…
-Mais
elle chante mal !
-Et alors
? Je m'en fiche, moi, c'est ma préférée !!!
-Chut,
les filles, intervins-je. Vous n'allez pas vous disputer pour savoir quelle est
votre préférée, tout de même ?"
Après un
petit conciliabule à mi-voix, elles finirent par me répondre :
"Maman,
tu sais quoi ? Pour nous départager, tu peux peut-être nous laisser voter avec
ton téléphone portable ? Comme ça, on vote toutes les deux et on se dispute
plus !
-Roooohh,
vous êtes deux coquines, je vous ai déjà dit : vous avez le droit de regarder,
mais on n'utilise pas le forfait de maman pour voter !"
Maïa et
Lou n'ont pas insisté. Elles ont beau être jeunes, elles savent que si je les
laisse regarder, il n'est pas question de dépenser des sous pour ces âneries.
J'ai
alors rapidement fini de débarrasser les tables et je les ai couchées tout aussi
rapidement. Je me suis mise à l'aise et j'ai appelé Ulym, car je sentais
poindre un mal de tête, et je n'avais plus aucun cachet à la maison.
"Allo
mon amour ?
-Yma, mon
cœur ! Je rentre tout de suite, je suis en train de fermer mon bureau…
-Tu me
rassures, je vais enfin te retrouver. Mais dis-moi, sur la route du retour, tu
ne pourrais pas passer par la petite épicerie du centre ? Elle est ouverte très
tard et ils vendent de tout là-bas.
-Bien
sûr, qu'est-ce que je te ramène ?
-J'ai une
migraine qui débute, et je crois qu'ils vendent de l'aspirine.
-Il me
semble aussi que je t'en ai déjà pris là-bas. Je m'occupe de ça, va vite te
coucher, j'arrive pour te border et avec une bonne aspirine pétillante pour
madame !"
Je ne pus
m'empêcher de pouffer.
"Merci
beaucoup, j'ai hâte de vous avoir, ton aspirine et toi…
-A tout
de suite, je suis là dans 20 minutes.
-Merci
mon cœur, je t'aime.
-Moi
aussi, ma belle."
Mais je n'avais pas envie de me coucher tout de suite. Je suis redescendue regarder un peu la télé, j'avais envie d'attendre le retour d'Ulym. Vingt minutes, ça allait vite passer.
Je zappais consciencieusement quelques minutes, sans trouver de programme vraiment fascinant. Assommée par cette migraine, je finis par m'allonger sur le canapé pour regarder une série policière que je suivais de loin en loin. Mais la fatigue aidant, j'ai du finir par m'assoupir. En effet, quand j'ai rouvert les yeux, la nuit était tombée et une nouvelle émission avait débuté.
Un peu
désorientée, je relevai la tête. Je venais d'identifier ce qui m'avait réveillé
: le téléphone sonnait.
La tête encore bourdonnante, je me relevais péniblement. J'éteignis la télévision avant de déposer la télécommande et m'extirper du canapé. En m'approchant de téléphone, je jetai un coup d'œil à la pendule : une heure du matin. Qui pouvait m'appeler ? Et comment se fait-il qu'Ulym ne soit pas encore rentré ?
Je tendis
la main pour décrocher le combiné, et le portai à mon oreille. Une voix
féminine résonna :
"Allo,
madame Genallu ?
-Oui
c'est moi.
-Excusez-moi
de vous déranger à cette heure, mais j'ai une grave nouvelle à vous
annoncer"
C'est à
ce moment précis que mon destin, celui d'Ulym, et celui des enfants bascula.
13 mai 2006
Chapitre 2 : L'accident
Mon cœur
s'emballa immédiatement. C'était forcément en rapport avec Ulym, il n'était pas
rentré !
"Que…
que... qu'y a-t-il ??? bredouillais-je péniblement.
-Madame
Genallu, je vous appelle des urgences du CHU."
Un
silence. Mon dieu, pourquoi ne parle-t-elle pas ? Mille pensées se bousculaient
dans ma tête, toutes plus horribles les unes que les autres. La femme reprit :
"Il
y a environ deux heures, nos services ont été appelés pour un accident s'étant
produit près d'un commerce ouvert toute la nuit dans le centre-ville. Nous
avons ramené la personne aux urgences pour la soigner, il s'avère qu'il
s'appelle Ulym Genallu. Est-ce votre époux ?"
A la
mention d'un accident, des larmes avaient commencé à couler et un nœud se
serrait violemment dans mon ventre. Dans un souffle entrecoupé de sanglots, je
répondis :
"Oui,
c'est mon mari, dites-moi ce qu'il a, dites-moi… s'il est encore en vie !!
-Madame,
je sais que c'est dur, mais essayez de vous calmer. Les médecins n'ont pas fini
de s'occuper de lui, et tout ce que je peux vous dire par téléphone, c'est
qu'il est en vie, et que le pronostic vital est favorable…
-Très
bien, la coupai-je, reniflant, j'arrive de suite.
-Madame,
madame, prenez-le temps de vous ressaisir, n'allez pas vous blesser…"
La suite
se perdit dans le vide, j'avais déjà lâché le téléphone.
Pas un instant à perdre, mon esprit ne cessait de projeter des visons d'Ulym,
le corps ensanglanté, allongé sur d'affreuses tables en inox. Je n'ai pas
vraiment réfléchi, sur le coup, une seule chose m'importait, c'était de le
rejoindre. Cependant, je ne pouvais laisser les enfants. J'ai donc foncé au
premier les tirer du lit en catastrophe. Inutile de dire que les filles ont été
passablement affolées, et moi peu compréhensive. Une seule chose comptait :
rejoindre l'hôpital.
Galvanisées
par mes ordres secs et bref – et probablement par mes larmes qui coulaient, maintenant que j'y
pense – les filles retournèrent dans les habits qu'elles avaient quitté, quoi ?
Quelques heures plus tôt, quand notre vie était encore heureuse et ordonnée.
J'en profitais pour habiller Luke à la va-vite, prenant en fait à peine le
temps de le réveiller.
Grâce à
cet empressement, nous sommes arrivés à l'hôpital un peu plus d'une demi-heure
après le coup de fil. Grâce au ciel, devrais-je aussi dire, car j'ai roulé,
d'une part très – trop – vite, d'autre part j'étais dans un état second,
tentant d'écarter mes visions d'horreurs pour me concentrer sur la route.
Il était
donc presque deux heures du matin quand nous avons poussé la porte des
urgences. En entrant, un frisson parcourut ma colonne vertébrale, et le nœud
dans mon ventre se resserra un peu.
"Calme-toi,
pensai-je, fais le pour les enfants. La dame a dit pronostic vital
favorable"
Pff,
comme si ces mots tellement… tellement… froids et impersonnels pouvaient
décrire mon Ulym, ma joie de vivre, mon amour !!
N'arrivant
pas à me ressaisir, je m'avançais vers l'accueil, les larmes inondant toujours
mon visage.
Deux
femmes s'occupaient de l'accueil, une qui paraissait débuter sa carrière,
l'autre plus âgée.
"Je
suis Ymaëlle Genallu, vous m'avez appelé au sujet de mon mari. Où en est-il
?"
Fi des
protocoles. Je ne vais certainement pas m'en embarrasser, il faut que je sache,
il faut que je le voie !
"Madame
Genallu ?! C'est moi que vous avez eu au téléphone tout à l'heure"
C'était
la jeune fille.
"Vous
m'avez fait tellement peur tout à l'heure, j'ai crains que vous n'ayez un
accident !
-Mon
mari… " Ma voix mourut sur ces mots, je ne voulais pas discuter, je
voulais qu'elle me dise !
"Heu,
oui, et bien écoutez, je n'ai pas grand-chose à vous dire de plus, le médecin
l'opère toujours.
-Comment
ça on l'opère ? Mais dites moi, enfin ! Dites moi, où est-il blessé, est-ce
grave, je ne sais pas moi, dites moi quelque chose !!"
Ma fureur
débordait. J'avais envie de prendre cette fille par les épaules et de la
secouer ! Comment ça, rien de plus à me dire ? C'est ce qu'on va voir !
Les deux
femmes échangèrent un regard. La plus âgée prit la parole :
"Madame,
nous comprenons votre désarroi, je peux peut-être discuter de ça avec vous,
mais, regardez la salle d'attente derrière vous, je crois qu'il est préférable
d'éloigner les jeunes oreilles…"
Ciel !
Cette femme avait raison ! Quoi qu'elle ait à m'annoncer, je me devais de
protéger les enfants, il s'agissait de leur père.
Tenant
toujours Luke, je me dirigeais donc vers les fauteuils de la salle d'attente.
Je posais Luke et m'agenouillai au niveau des filles.
"Maïa,
Lou, vous êtes de grandes filles, vous voulez bien garder Luke pour maman
quelques instant? Je ne serai pas loin, mais je dois parler aux dames."
Deux
grandes paires d'yeux bleus effrayés se levèrent vers moi. Maïa, toujours la plus entreprenante, prit la parole :
"Maman,
papa ne va pas bien ?"
Les
larmes que je voyais grossir dans ses yeux tandis qu'elle me posait cette
question ne m'aidèrent guère à contenir les miennes qui roulaient toujours sur
mes joues.
-Ecoutez,
mes petites puces, je ne sais pas comment va papa, ce sont les dames là-bas qui
vont me le dire. Papa a eu un accident et si je veux avoir de ces nouvelles,
restez ici avec Luke, s'il vous plait."
C'est moche.
C'est presque du chantage. Mais tous ces obstacles entre la vérité et moi me
font faire n'importe quoi. Cependant, les filles baissèrent la tête. Maïa,
d'une voix chevrotante, me dit d'y aller, que sa sœur et elle garderaient Luke.
Vivement,
je me relevais et filais vers l'accueil. J'étais sûre d'avoir vu l'éclat d'une
larme sur la joue de ma fille, mais je n'ai pas pris le temps de la consoler.
Je sentais qu'on aurait tout le temps plus tard.
"Madame,
s'il vous plait, pouvez-vous me dire ce qui est arrivé à mon mari ??
-Je vais
vous dire tout ce que je sais : nous avons eu un appel provenant d'une
superette…
-NON ! Sa
santé ! Dîtes-moi ce que je dois savoir !!" la coupai-je brusquement.
La
personne ne parut pas s'offusquer de ma brusquerie. Elle reprit son récit :
"Il
semble qu'il ait été renversé par une voiture qui roulait trop vite. Lorsqu'il
est arrivé, les médecins l'ont immédiatement pris en charge, et les infirmières
du bloc opératoire nous ont fait passer son portefeuille pour qu'on vous appelle.
Elles nous ont dit très peu de choses, seulement qu'il n'était pas mortellement
blessé, et que donc, les médecins avaient bon espoir"
Ouf. Le
soulagement qui m'inonda fit flageoler mes jambes et je dus me retenir au
comptoir pour ne pas tomber.
"Je…
heu… Excusez-moi, d'avoir été si vive… J'étais, heu… folle d'inquiétude, je
crois".
L"infirmière
la plus âgée me regarda avec un sourire chaleureux et me rassura :
"Vous
savez, nous avons l'habitude. Il est difficile d'annoncer ces choses là dans le
calme. Si vous voulez, je peux monter au bloc pour voir s'il y a de nouvelles
informations.
-Je vous
en serai extrêmement reconnaissante, oui.
-
Maintenant, si je peux me permettre un conseil, vous avez là 3 jeunes enfants
qui devraient dormir à l'heure qu'il est.
-Heu...
oui, je n'ai pas trop su… heu, j'ai préféré les prendre…
-Vous
avez bien fait. Mais étant donné que la garderie de l'hôpital est fermée la
nuit, n'y a-t-il personne que vous puissiez joindre pour les garder ?
-A cette
heure ? heu, je ne sais pas…
-Les
grands-parents, peut-être ?"
Diable,
ma cervelle refusait de tourner correctement ! Pourquoi n'y avais-je pas pensé
! Bien sûr, que je pouvais appeler mes parents !
"Oui,
vous avez raison, j'appelle tout de suite ma mère."
J'appelai
donc maman dans la minute. Comme on peut l'imaginer, à 2 heures du matin passé,
ça n'a pas été sans mal que je lui ai expliqué la situation. Mais, par chance,
elle a réagi vite et, habitant à proximité du CHU, elle est arrivée peu de temps après.
"Ymaëlle,
ma chérie, qu'est-ce qui se passe, je n'ai pas tout compris au téléphone
!"
En voyant
les larmes qui s'étaient remises à couler sur mon visage, elle s'approcha et
tendit les bras pour m'enlacer.
J'essuyai
mes larmes d'un revers de main et ébauchai un piètre sourire :
"C'est
Ulym, maman, il a été renversé par une voiture
- OH
!!"
Maman
ouvrit de grands yeux et plaqua une main sur sa bouche
"Mon
Dieu, est-il… ?
-Il est
en train d'être opéré. Les médecins ont dit qu'il devrait s'en sortir"
En
répétant ces phrases ô combien réconfortant, je lus le soulagement sur le
visage de ma mère. Soulagement qui n'avait rien à voir avec celui que je
ressentais encore ! J'avais tellement eu peur !
"En
fait, repris-je, j'aurai besoin que tu ramènes les enfants chez toi
-Oh ! Les
enfants, je ne les avais pas vu. Tu les as amené ici ?? A cette heure ??
-Oui,
maman, tu sais, quand l'hôpital m'a appelé, je n'ai pas beaucoup réfléchi…
-Oui, je
comprends, bien sûr. Et bien écoute, que veux-tu ? Je les ramène tout de suite
et je reviens ?
-Non non,
attends, je t'ai déjà fait lever au milieu de la nuit. Rentrez tous, remets-les
au lit, moi je vais rester ici jusqu'à… heu, en fait, je ne sais pas. Peut-être
jusqu'à ce que j'ai un peu plus de nouvelles.
-D'accord,
très bien, je les emmène, effectivement, ils ont l'air fatigués les pauvres
choux. Appelle-moi demain matin, tu veux, pour me donner des nouvelles
-D'accord
maman, pas de souci
-Très
bien. Bon, et bien les enfants, vous venez avec Mamie ?"
Après
avoir rassemblé la petite troupe, ma mère parti installer Luke dans son siège
auto. Maïa en profita pour se glisser près de moi et me serrer très fort. Je
m'accroupis et lui rendis son étreinte. Qu'il était bon de serrer ma fille dans
ses bras en ce moment !
"Maman,
me chuchota-t-elle à l'oreille, Papa va guérir, hein ?"
Je la
regardai dans les yeux et lui souris. Enfin un vrai sourire !
-Ma puce,
les infirmières m'ont dit que ton papa est malade pour l'instant. Les docteurs
vont le soigner, et ils m'ont dit qu'il irait mieux. Il faudra peut-être
attendre un peu, c'est tout !"
Enfin,
Maïa aussi retrouva le sourire. Elle se rapprocha de mon oreille pour y glisser
:
"De
toute façon, papa, il est avec des docteurs qui le soignent et avec toi qui
l'aime. Il est obligé de guérir !!"
Je me relevai
en lui ébouriffant la tête :
"C'est
sûr ma petite puce ! Et puis tu viendras le voir pour lui dire que toi aussi tu
l'aimes. Allez, maintenant, file rejoindre Mamie.
-D'accord
!!"
Et elle
fila sur les traces de sa grand-mère.
Et
m'autorisant enfin un peu d'espoir, je m'assis dans la salle d'attente,
attendant que l'infirmière partie aux nouvelles redescende.
Je ne
saurais dire aujourd'hui combien de temps j'ai attendu. Parfois, j'ai
l'impression que c'était des heures, parfois, le temps m'a semblé filer à une
vitesse étourdissante. Sans doute était-ce le ballet incessant des pensées
morbides tournant dans ma tête qui créait cet effet. Car l'infirmière m'avait
rassurée, mais moi, être de chair, de sang et surtout de sentiments, je ne
pouvais empêcher une partie de mon esprit de douter. Et cette partie ne serait
rassurée que quand j'aurais vu Ulym, quand je l'aurais touché, respiré. A ce
moment-là, je pensais encore que mon esprit ne saurait être en paix que lorsque
j'aurais satisfait à la reconnaissance tactile qu'exigeait mon corps.
Enfin,
après ce temps finalement indéterminé, le "ding" de l'ascenseur
retentit. Avec soulagement, je levais les yeux vers cette infirmière qui était
montée aux nouvelles. "Maëva", indiquait son badge. Fébrile, je la laissais
venir à moi.
"Madame
Genallu, votre mari vient de sortir du bloc opératoire et est en réanimation.
Je ne sais pas si vous pourrez le voir ce soir, mais je viens de voir le
médecin qui l'a opéré, vous pouvez aller lui parler, il est au troisième étage.
-Merci,
merci, merci beaucoup, madame. J'y monte tout de suite !"
Maëva
sourit :
"Allez
vite, et demandez le docteur Chambot"
Troisième
étage. Un couloir sombre, gris et froid. Je me dirige vers le premier homme en
blouse blanche que je croise et demande le docteur Chambot.
"C'est
moi, madame, vous devez être la femme de l'homme accidenté ?
-Oui, je
suis Ymaëlle Genallu. Alors, docteur, dites moi ce qu'il a !
-Et bien,
votre mari a finalement eu une certaine chance. Le choc a été violent, mais aucun
organe vital n'a été atteint. Il avait de vilaines plaies qui l'ont fait
beaucoup saigner, mais nous nous en sommes occupés. Il a des contusions sur
tout le corps et une cheville cassée. Mais nous avons réparé tout ça…
-Oh mon
dieu, merci docteur, le coupai-je. Je me suis fait un souci monstrueux, j'ai
cru que le pire était arrivé ! "
A
nouveau, des larmes coulaient sur mon visage, mais c'était des larmes de
soulagement.
"J'aimerais
beaucoup aller le voir, docteur.
-Ecoutez,
ça, je ne préfère pas trop. Il vient juste d'être admis en réanimation, c'est
un service délicat, et la politique de l'hôpital est d'éviter que les familles
y rentrent.
-Ah.
Bon…"
De
petites rides autour des yeux du docteur laissaient deviner un sourire que je
supposais paternel. Il reprit :
"Ne
vous faîtes pas de souci, madame, il est entre de bonnes mains. Rentrez chez
vous, allez vous coucher, et revenez lui demain, fraîche et pleine d'énergie
!"
Et il
tourna les talons. Ce doit être une technique de médecin, ça. Quoi qu'il en
soit, je me sentis subitement vidée de toute mon énergie. Je sentais le poids
des émotions de la soirée retomber brutalement sur mes épaules.
Un peu
dépitée, je rappelais l'ascenseur pour rentrer chez moi.
30 octobre 2006
Chapitre 3 : Complications
MMmmmhhhh…
Que se passe-t-il ? Mmmhhh... Un bruit strident, pénible. Il finit par chasser
les derniers lambeaux de mes rêves et à m'extirper des brumes apaisantes du
sommeil.
Soudain,
la réalité me frappe de plein fouet : Ulym ! Et moi qui vérifie l'heure alors
que c'est peut-être l'hôpital qui m'appelle !
Vite,
sans prendre la peine d'enfiler une robe de chambre, je me précipite décrocher
ce téléphone qui me tire du sommeil pour la deuxième fois de la nuit.
"Allo
?
- Allo
Yma, c'est Ania !"
Ah,
Aniava, ma grande sœur. Bigre, pour être aussi matinale, elle doit être au
courant !
"Bonjour,
Ania, répondis-je en étouffant un bâillement.
- Heu,
maman vient de m'appeler pour me mettre au courant. Comment va-t-il ?
- Et bien
j'ai vu le médecin qui l'a opéré dans la nuit, il m'a rassurée. Il a une
cheville cassée et des contusions partout, mais ça devrait aller.
- Oh mon
Dieu que je suis soulagée ! Maman n'a pas pu me dire grand-chose, j'ai crains
le pire !
- Oh ça,
pour imaginer le pire, t'inquiète pas, je vois bien ce qui a pu te traverser
l'esprit…
- Oh oui,
excuse moi, j'imagine que tu as du passer des heures pénibles… tu fais quoi là
? J'ai l'impression que je te réveille, tu retournes te coucher ou tu vas à
l'hosto ?
- Non,
maintenant que je suis réveillée, je vais me préparer et y retourner"
Petit
silence
"Tu
veux que je vienne avec toi ?"
Je
sentais Aniava hésitante. Cadette d'une fille à qui tout réussissait, j'avais
passé les dernières années à tenter d'affirmer ma personnalité et mon
indépendance.
"Bien
sûr, repris-je, ça me ferait très plaisir. Tu passes par la maison avant, on
prendra un café.
-OK,
reprit Aniava, la voie rassurée. Je me prépare et j'arrive !"
J'en
profitais moi aussi pour rapidement passer sous la douche et appeler maman pour
lui demander de garder mes petits aujourd'hui encore. A peine avais-je
raccroché qu'Aniava toquait à la porte. Heureuse
de la voir à mes côtés, je l'accueillis avec effusion, et la pris dans mes
bras.
"Ania,
je suis contente de te voir !"
Non, je
ne suis pas si démonstrative d'ordinaire, mais j'étais à fleur de peau. Ania dut
le sentir car elle me rendit doucement, affectueusement, mon étreinte.
"Mais
moi aussi petite sœur, je suis toujours contente de te voir. Mais, reprit-elle
en riant, il ne faut pas serrer si fort, j'ai l'impression de ne plus respirer
avec ce ballon qui me sert de ventre !"
Je le relâchais
et la contemplais en souriant. Toutes les femmes ne vivent pas la grossesse de
la même façon, et je trouvais que cet état embellissait ma sœur. C'est mon
aînée, mais elle a eu une vie un peu insouciante jusqu'ici, donc il d'agit de
sa première grossesse.
-Ah non !
Aniava m'arrêta du geste. Tu sais que je suis les recommandations des médecins
à la lettre, et ils m'ont dit "pas de café". Mais je prendrais bien
une infusion !"
"Ah oui, c'est vrai, je te prépare ça tout de suite !"
Je mis l'eau à bouillir et le café à couler. Pendant que le tout chauffait, j'interrogeais Aniava sur l'absence de Cram, le père du bébé et aussi le meilleur ami d'Ulym.
"Dis-moi,
Cram bosse aujourd'hui ? Je me suis posé la question quand je t'ai vue arriver
seule. Il viendra peut-être le voir plus
tard, non ?
-Yma,
bien sûr que Cram viendra voir Ulym, il a été tout retourné quand je le lui ai
appris ce matin."
"Ania,
qu'est-ce que tu ne me dis pas ?
-Que…
Quoi ? Mais… heu… je ne vois pas…
-Ania, la
coupai-je, je te connais.
-Ecoute,
je ne veux pas t'embêter, tu as assez de soucis…
-J'en
aurai encore plus si je sais que ma sœur en a et qu'elle les garde pour
elle."
Indécise,
Aniava regarda vers le sol. Finalement, elle releva la tête et planta ses yeux
dans les miens :
"Si
Cram n'est pas là maintenant, c'est qu'il m'évite un peu en ce moment. Ça ne va
pas très fort pour nous deux."
Sans me
laisser le temps de réagir, elle ajouta, dans un seul souffle :
"Maintenant,
tu sais ce qu'il se passe, n'en parlons plus s'il te plait. Je n'ai pas envie
d'en dire plus, et toi, tu dois te concentrer sur Ulym."
Dubitative,
j'acquiesçais de la tête et me tournais vers mon café.
Aniava finit rapidement son infusion tandis que je sirotais mon café brûlant. Un silence gêné perdura quelques instants… Que dire ? Si Ania ne voulait pas en parler, je n'allais pas la forcer, mais savoir que son couple était en péril m'embêtait beaucoup. Elle qui avait toujours eu tant de succès auprès des hommes, s'était stabilisée vers la fin de ses études et sa grossesse me paraissait sceller cette union dans la pierre.
Interrompant
le cours de mes pensées, Aniava se leva brusquement et alla laver sa tasse.
Elle me rejoignit dans le salon, histoire de me remuer un peu, comme elle a
toujours si bien su le faire :
"Allez
p'tite sœur, tu t'bouges un peu ? Y'a ton homme qui t'attend quand même !"
Après un
trajet tout de même moins mouvementé que la nuit précédente, me revoici devant
l'hôpital. En plein jour, je me sentais moins perdue, moins démunie devant
cette grande bâtisse blanche.
Et puis, j'étais
confiante ! Ania était avec moi, j'allais retrouver mon homme, je pourrais le
bichonner à mon aise.
Je me
laissais aller à rêvasser à sa convalescence. Je projetais tout un programme
dans ma tête : petit déjeuner au lit, toilette, et quand il le pourrait, une
petite balade dans le jardin… Il avait intérêt à se laisser faire cette fois !
Chaque fois qu'il est un peu malade, il ne m'écoute pas, n'en fait qu'à sa tête,
et va quand même au boulot, malgré mes protestations ! Mais cette fois, il
n'aura pas le dernier mot : pas de travail avant que le médecin ne l'autorise !
Arrivée
dans le hall, je pressais le pas, suffisamment pour faire râler Ania qui avait
récemment adopté une démarche de canard qui me faisait beaucoup rire.
"Yma
! Tu penses pas à moi, hein !
-Allez
Ania, lui répondis-je en me retournant, plus que quelques mètres, et nous
serons presque au but !"
Rieuse,
je me tournai vers les infirmières de l'accueil. Maëva, l'infirmière avec qui j'avais discuté
la nuit dernière était toujours là. "Fichus horaires !" me
dis-je en mon for intérieur.
"Bonjour
! Je suis Yamëlle Genallu, mon mari est rentré cette nuit, j'aimerais le voir
s'il vous plait !"
Maëva
tourna la tête vers moi. Ses yeux fatigués par sa nuit de travail, d'abord
inexpressifs, s'agrandirent imperceptiblement. Je compris alors qu'elle me
reconnaissait, qu'elle se souvenait de la nuit passée, et aussi que quelque
chose ne tournait pas rond…
"Heu…
oui, bien sûr, tout de suite madame Genallu… Hum, je vais voir le docteur
immédiatement, il est là-bas derrière…"
Et elle
fila à toute allure.
Visiblement,
Aniava aussi trouvait que c'était louche, car elle se rapprocha de moi pour
mieux observer Maëva qui parlait tout bas au médecin.
"Qu'est-ce
qu'elle peut bien lui dire ?" glissa-t-elle dans mon oreille.
Je n'ai
pas répondu. Je n'osais même pas imaginer ce qu'elle lui disait. Car j'avais vu
les yeux de Maëva s'agrandir. Même si le moment n'a duré que le temps d'un
souffle. Je l'avais vu. Et je savais que quelque chose était arrivé. Et depuis,
j'avais l'impression de voir le monde extérieur depuis un télescope, je me
sentais loin, si loin… J'avais peur, tout simplement.
Maëva
ramena le médecin et se retrancha rapidement derrière son ordinateur, feignant
de ne plus me voir.
"Je
le reconnais ce toubib, je l'ai vu hier soir… Zut, comment est-ce qu'il s'appelle
déjà ? Pas moyen de me rappeler son nom…"
Mes
pensées tourbillonnaient dans ma tête. Du coin de l'œil, j'ai vu Ania me
regarder fixement, puis j'ai senti une vive douleur au bras : elle me pinçait
au sang !
Alors, j'ai
repris pied dans la réalité. Un peu comme une grande respiration qu'on reprend
après avoir fait une apnée. Je réussis à cadrer mon regard sur le médecin (mais
oui ! docteur Chambot !) et m'aperçus qu'il avait déjà commencé à parler.
"…
complications, mais pour savoir, il va me falloir faire des examens
supplémentaires."
"Heu…
Docteur, pardonnez-moi, pourriez-vous répéter ? Je n'ai pas… heu… entendu le
début."
Le
médecin me jeta un bref coup d'œil, pas même surpris. Il doit avoir l'habitude
je suppose.
"Je
vous expliquais que contrairement à nos attentes, votre mari n'a pas repris
connaissance. Il semble que son inconscience soit relativement… hum, comment
dire ? Profonde. Hier nous n'avons pas vu de lésions internes, mais il est
possible qu'il en ait. Ceci entraînerait des complications, mais pour savoir,
il faut que je lui fasse subir des examens supplémentaires."
Je fermai
les yeux. Moi qui croyais dur comme fer que j'allais retrouver mon Ulym, la
désillusion était cruelle. A nouveau, mon esprit fit un aparté étrange… Je me
remémorai un de mes anciens amis qui riait en regardant les séries à l'eau de
rose à la télé : il qualifiait ce genre de circonstances d'"ascenseur
émotionnel"… C'est étrange, les choses auxquelles on peut penser dans des
moments pareils… Tellement que j'ai
préféré ne pas m'attarder là-dessus !
J'ai
rouvert les yeux et j'ai demandé :
"Est-ce
que je peux quand même le voir ?
-J'allais
justement le voir, on ne va pas tarder à l'emmener au scanner, vous n'avez qu'à
venir avec moi. Nous l'avons sorti des soins intensifs pour l'instant."
Le médecin partit vers l'ascenseur. Nous lui avons emboîté le pas, Ania et moi. Ma sœur avait glissé un de ses bras sous le mien, elle ne disait rien, mais je voyais ses grands yeux anxieux tournés vers moi. Je tentais de lui faire un petit sourire pour la détendre, mais ce fut trop dur. Arrivés devant la chambre d'Ulym, le docteur Chambot ouvrit et s'effaça pour nous laisser entrer, refermant la porte derrière nous.
Ça y est, je l'avais devant moi. Mon Ulym, mon premier amour, le père de mes enfants. Emue, je m'approchais de lui. Aniava s'assit en rentrait, me laissant m'avancer seule, alors que le médecin contournait le lit.
Il me
regarda, je me sentais si bête, j'étais fixée, rigide, devant Ulym, ne sachant
plus quoi faire.
"Madame
Genallu, dit-il d'une voix douce, vous pouvez vous approcher de lui, le
toucher, ou encore lui parler. Je vais vous laisser avec lui, je reviens dans
une dizaine de minutes et on le montera au scanner"
Je
relevai les yeux sur le docteur Chambot et murmurai un merci. Alors qu'il
sortait de la chambre, je me penchai et embrassai la joue de mon mari. C'était
chaud, un peu piquant car il n'était pas rasé, mais si doux… Je m'assis à côté du lit et lui pris la main.
Là aussi, c'était si doux. J'avais très envie de pleurer mais je me suis
retenue. C'est idiot, mais j'avais l'impression que pleurer, ce serait
abandonner, et que ça nous porterait malheur, et je ne voulais surtout pas
gâcher la moindre chance.
La
dizaine de minute s'écoula très vite. Ania, pudique, était discrètement sortie pour me laisser seule avec mon
aimé.
L'arrivée
des brancardiers me sortit d'une situation perturbante : je me sentais si
gauche, si inutile à côté de ce corps inerte ! Je lui tenais la main, mais
n'osait lui parler. Pour dire quoi ? Pour lui dire que je suis là ? Il ne
m'entend même pas ! Avec un
certain soulagement, je me suis donc poussée, et j'ai laissé les brancardiers
sortir le lit d'Ulym de sa chambre pour l'amener au scanner.
Silencieusement,
je les suivis. Le docteur me vit et me proposa de me laisser accompagner Ulym dans
la pièce du scanner pendant que les brancardiers l'installaient pour l'examen. Le voir
si fragile, prêt à être avalé par cette grande machine bruyante m'effraya un
peu plus. Alors, je ne
voulais plus partir, je ne m'en sentais pas de l'abandonner. Mais je ne savais
pas non plus quoi faire, je me sentais si godiche à rester plantée à fixer son
visage !
"Madame
Genallu ?"
C'était
le médecin qui m'appelait.
"Excusez-moi,
mais vous ne pouvez pas rester dans la pièce pendant l'examen. Rejoignez moi
donc ici.
-Très
bien, j'arrive."
A son
invitation, je m'assis donc à ses côtés, devant une console pleine de boutons
et de lumières clignotantes qui allait disséquer mon Ulym, et probablement me
dire ce qu'il avait. L'effroi resserra une novelle fois sa prise sur mon
ventre. A mes côtés, le docteur commentait paisiblement les opérations :
"Voyez,
là il rentre dans la machine. Celle-ci va faire une série de photos de son
cerveau, pour nous montrer si il y a un problème"
Son
cerveau. L'information jaillit violemment dans mon cerveau à moi.
- Son
cerveau ??!! Docteur, vous n'aviez pas parlé d'un problème avec son cerveau
!!
"Ahem"
Le regard
du docteur se fit fuyant, l'espace d'un instant, puis il revint se planter
droit dans mes yeux.
"Madame
Genallu, c'est ce que j'essayais de vous faire comprendre tout à l'heure. Votre
mari n'est pas inconscient pas hasard, il y a une raison… Il a pu être trop
choqué, il peut saigner par une blessure interne, ce qui priverait son cerveau
d'oxygène et pourrait l'endommager."
Mes
doigts se crispèrent sur le plastique blanc de la console.
-Dites
moi donc tout, docteur, de quoi peut-il souffrir encore ?
-Mais il
y a de nombreuses possibilités, vous savez ! Nous devons faire ces examens
avant que je puisse vous en dire plus, ce que je vous disais à l'instant, je ne
vous le disais qu'à titre d'exemple. Simplement, je préfère vous préparer au
fait que votre mari puisse avoir… ahem… des séquelles
- Des
séquelles…"
Je
laissais ma phrase inachevée. Je venais de replonger dans le brouillard. J'ai
attendu en silence que l'examen s'achève. En silence, oui, car je ne voulais
plus rien entendre. Rien entendre qui pourrait blesser Ulym. Lorsque
les brancardiers se sont chargés de le dégager de la machine, je les ai suivi,
toujours en silence.
Ulym fut ramené
directement dans sa chambre. Brièvement, le médecin s'arrêta dans l'encadrement
de la porte pour dire :
"Madame
Genallu, je vais interpréter le scanner de votre mari avec le radiologue. Soyez
sure que dès que nous saurons quelque chose de nouveau, je vous
préviendrai."
Le
docteur Chambot regarda les grands yeux levés vers lui. Pauvre fille, elle
est si jeune, trop jeune pour apprendre les nouvelles que je risque de lui
apprendre, pensa-t-il. Impuissant à l'aider plus, il se contenta de
terminer sa phrase avec un petit sourire et de serrer brièvement le coude
d'Ymaëlle, mettant toute la sympathie qu'il s'autorisait à éprouver pour ses
patients dans ce petit geste.
La porte
de referma sur le docteur. Je m'y adossais en soupirant. Un rapide coup d'œil
sur la pièce : un lit, un gisant, et un fauteuil. Tiens, et un papier.
Je me
dirigeais rapidement vers ce papier, c'était un mot d'Ania :
Désolée, Yma, je n'ai pas pu
t'attendre, j'ai un rendez-vous médical pour ma grossesse. Je repasse dès que
je peux. Je t'embrasse, tiens le coup, Aniava
Je
décidai donc de m'installer dans le fauteuil. Je ne sais même plus si j'ai
attendu longtemps ou pas, c'était comme la nuit dernière, le temps paraissait
s'écouler… je ne sais pas, moi, différemment… A nouveau, je me noyais dans des
milliers de pensées, elles allaient même trop vite pour que je m'arrête sur
l'une d'entre elle. Heureusement.
Ma
"rêverie" fut stoppée par une infirmière qui vint me prévenir que le
docteur Chambot voulait me voir. Lentement, je me levai et la suivis. J'allais
enfin savoir.
"Entrez,
entrez, madame Genallu, et asseyez-vous, je suis à vous !"
Le
docteur tria hâtivement quelques dossiers sur son bureau, et commença à parler
:
"Bien,
heu… Avec le radiologue, nous avons soigneusement analysé le scanner qu'a passé
votre mari ce matin. Ahem, les nouvelles ne sont pas très bonnes"
Coup de
poignard dans mon ventre.
Péniblement,
je répondis :
"Allez
vous finir par me dire ce qu'il a ?
-Bien sûr
Madame. En fait, votre mari a du se cogner la tête en tombant. Dans la nuit,
nous n'avons rien détecté, mais ces choses là peuvent ne pas se voir tout de
suite. Ce choc a provoqué la rupture d'un petit vaisseau dans le cerveau, il a
donc saigné à l'intérieur de son crâne. Sur les radios, on voit très nettement
un hématome extra dural avec déviation de la ligne médiane.
*silence*
"Que…
Qu'est-ce… Qu'est-ce que ça veut dire docteur ?"
Je
reconnaissais à peine ma propre voix, tellement elle était étranglée.
- Et
bien pour l'instant, ça signifie que votre mari est dans le coma…
- LE COMA
!! Vous ne m'aviez pas parlé de ça ! Qu'est-ce que vous allez faire pour lui ?!
Sortez-le de là !"
La rage
m'habitait. Comment osait-il parler de coma d'un ton si calme ? Comment
osait-il rester là devant moi alors que mon mari a besoin de lui ?
"Madame
Genallu, calmez-vous s'il vous plait ! Je dispose de peu de temps pour vous
expliquer la situation, laissez-moi parler !"
Douche
froide. Je me rendis compte que dans la colère, je m'étais levée. Je me rassis
donc.
"Madame,
je dois opérer votre mari rapidement. Il faut traiter cet hématome avant qu'il
n'ait fait des dégâts.
-
L'opérer ? Ça va le réveiller ?
- Si tout
se passe correctement, les chances qu'il se réveille sont nombreuses.
- Les
chances qu'il se réveille ? Vous voulez dire qu'il existe des possibilités
qu'il reste dans… dans le coma ?
- Oui
madame. Elles sont faibles, mais elles existent. "
Ma tête
oscilla vers l'avant. Il fallait que j'arrive à digérer tout ça. Le docteur
m'interrompit une fois de plus dans mes pensées, d'une voix radoucie :
"Madame
Genallu, si vous n'avez pas d'autre question, il faut que j'aille au bloc
opératoire. Votre mari doit être prêt, il ne faut pas que je le fasse attendre.
-… Oui…
très bien docteur, allez-y. Je… J'attends les… les nouvelles."
11 novembre 2007
Chapitre 4 : Un peu plus tôt, chez les Chebbel
DING-DONG
!!
Mais, ce
qu'elle n'osera pas avouer, c'est qu'elle a eu une ou deux remarques sur sa
tenue "pyjama de grossesse" et ses baskets, et que c'est donc poussée
par une fierté que certains pourraient trouver déplacée qu'elle décida
d'entamer son huitième mois talons au pied.
"Aaaaaahhhhhh,
enfin !"
"Tatie
Ania, tatie Ania !! T'as su qu'on était chez grand-mère ? T'as vu maman ? C'est
si gentil, tu viens nous voir !!"
La petite
se dandinait et sautait de joie devant la malheureuse Aniava qui ne souhaitait
qu'une chose : s'asseoir.
"Heu,
ma puce, je répondrai à tout ça tout à l'heure, tu me…"
Une voix
douce retentit derrière la petite fille et Lou fut gentiment, mais fermement
écartée de la porte d'entrée.
"Allons,
Lou, tu ne te rends pas compte que ta tante Aniava veut rentrer et s'asseoir ?
Laisse nous donc passer."
Anita, la
maman d'Aniave et Ymaëlle releva les yeux vers son aînée. Comme souvent,
celle-ci contempla sa mère avec admiration. Elle souhaitait ardemment vieillir
avec l'élégance de sa maman. Mentalement, elle se reprit :"Mûrir, on
dit, mûrir, pas vieillir"
Anita
tendit la main vers l'intérieur de la maison :
"Tu
rentres ? Je suppose, voyant ta tête, que tu es crevée.
-Tu
n'imagines même pas, maman !" acquiesça sa fille en s'engouffrant dans la
maison.
"Aaaahhhh
! Aniava soupira d'aise en s'installant
dans le confortable canapé de ses parents. Oh, ce que j'ai mal aux pieds !
-Ma
fille, si tu veux mon avis, tu te tortures bien pour rien….
-Je sais
maman, je sais…
Entre
temps, Maïa avait rejoint sa sœur et les deux petites joignaient leurs voix
pour avoir des nouvelles de leurs parents :
-Alors
tatie, t'as vu maman et papa ? Comment va papa ?
Maïa
rajouta timidement :
"Il
est guéri papa ? Maman m'a dit que j'irai lui dire que je l'aime quand il sera
guéri.
-Moi
aussi, moi aussi, je veux aller lui dire !" répondit en écho sa sœur.
Aniava
baissa les yeux, le visage parcouru d'un bref éclair de souffrance. Sa mère,
qui comprit tout de suite, posa une main réconfortante sur son bras.
Aglaé
Chebell prit alors la parole, soulageant sa fille de cette étape délicate.
"Vous
savez les filles, l'hôpital n'était pas encore prêt à nous donner des
nouvelles, ils veulent être sûrs de ce qu'ils vont dire, alors ça prend un peu
de temps, vous comprenez ?
Quelques
bougonnements lui répondirent, mais de toute manière, Aglaé n'attendait pas
réellement de réponse.
"Allons,
allez donc jouer avec Luke, il doit s'ennuyer de vous, tout seul en bas. "
Les deux
petites filles capitulèrent et s'éloignèrent d'un air maussade. Les deux femmes
gardèrent un silence qu'Aniava ne rompit que lorsque retentirent les pas des
fillettes dans l'escalier.
"Tu
leur as menti, tu sais.
-Je sais,
ma fille, je sais, j'ai été lâche, mais elles apprendront les mauvaises
nouvelles bien assez tôt."
Sur ces
paroles, Franck Chebell, le père d'Ymaëlle et Aniava fit irruption dans la
pièce. Il embrassa rapidement sa fille et s'enquit des nouvelles :
"Alors,
comment va-t-il ?"
Le regard
d'Aniava se perdit douloureusement dans le vide.
"Pas
bien, papa, je le crains.
-Quoi ?
Qu'est-ce qu'il a ?
-Quand on
est arrivées ce matin, Yma était pleine d'espoir, elle était persuadée que tout
allait bien, c'est ce que lui a dit le docteur la nuit dernière. Mais à peine
on a vu les infirmières de l'accueil qu'on s'est doutées que quelque chose
n'allait pas."
Un
silence s'ensuivit, silence respecté par les auditeurs qui laissaient Aniava
regrouper ses pensées. Elle reprit :
-Nous
avons ensuite trouvé le docteur qui s'occupe de lui, et en gros, il nous a
expliqué que des complications imprévues avaient l'air de se produire et qu'il
n'était pas réveillé."
"Pas
réveillé ?!" Son père sursauta. "Mince alors, c'est donc grave ?
-Il y a
un diagnostic ? intervint Aglaé.
-Et bien
en fait, le docteur nous a amené à la chambre d'Ulym pour qu'Yma puisse le
voir, et puis il nous a dit qu'il l'emmenait passer un scanner. Je suis restée
avec Yma jusqu'à ce que je me souvienne au dernier moment que j'avais
rendez-vous moi-même chez le toubib. En
sortant, j'ai appelé le secrétariat de l'hôpital et on m'a dit qu'Ulym passait
toujours ses examens. Et me voilà ici, d'autant que j'étais épuisée, je voulais
me poser quelque part…
-Bien sûr,
ma chérie, c'est normal, dans ton état, ça te fait même beaucoup de choses dans
la journée.
-Je suis
bien d'accord, oui, approuva son père d'un ton réprobateur. Il surveillait la
grossesse de sa fille aînée avec attention car il portait peu d'estime au père
de cet enfant.
-Cela
dit, reprit sa mère, Yma doit être toute seule là-bas, je vais passer un coup
de fil vite fait et je ferai un saut à l'hôpital. Toi, Aniava, ordre de te
reposer !"
Aglaé
Chabell joignit aussitôt le geste à la parole. Elle se dirigea vers le
téléphone d'un pas vif et composa le numéro de l'hôpital qu'elle avait relevé
précédemment.
Franck
rejoignit Aniava sur le canapé et tenta de la réconforter, car il la sentait
ébranlée par les événements récents. De leur place, ils entendirent une partie
de la discussion d'Aglaé.
"Oui,
bonjour madame, Aglaé Chebell, mon gendre Uylm Genallu est hospitalisé dans vos
locaux, je cherche à savoir où il en est, il passait récemment des
examens… … Mmmhhh, oui, bien sûr je
patiente… … … D'accord, oui. Ma fille
est auprès de lui normalement… … Oui, d'accord, je – mmmhh, bien sûr, je
comprends que vous ne communiquiez pas ces informations au téléphone, je vais
venir de toute façon… Merci bien, au revoir"
Aniava et
son père la rejoignirent, espérant glaner quelque nouveau renseignement. Aglaé
les regarda, faisant la moue.
"Ils
ne m'ont pas appris grand-chose. Je sais qu'Ulym vient juste de terminer tous
ses examens, je vais donc aller jusqu'à l'hôpital essayer de réconforter ma
pauvre Ymaëlle."
Elle
regarda son mari avec tendresse : "Je suis désolée, mon chéri, je
t'abandonne avec les petits, mais…
-Mais il
n'y a pas de mais, l'interrompit son mari. Tu dois y aller pour être avec elle,
je m'occuperai des petits monstres jusqu'à ce soir.
-Mais je
peux rester ici moi, intervint Aniava.
Ses
parents la regardèrent :
-Toi ?
Mais enfin chérie, tu devrais rentrer chez toi te reposer, je te dépose en
passant si tu veux, même, je pense que tu en as assez fait pour aujourd'hui…
-Oui,
mais je pourrais garder les petits pendant que vous êtes à l'hôpital, ça ne me
dérange pas…"
"Et
puis je préfère rester ici, ajouta-t-elle d'une toute petite voix. "
Son père
fondit immédiatement et serra sa fille dans ses bras.
-Ooohh,
ma petite chérie, bien sûr, si tu veux rester, tu restes, je te ramènerai plus
tard. Mais attention, il n'est pas question que tu restes pour garder les
enfants, je reste ici de toute façon, toi tu as entendu ta mère, tu te reposes
!
-Ok, entendu
papa, et merci de ne pas m'obliger à rentrer, répondit-elle l'air penaud.
-Bien,
sur ce, répliqua Aglaé, je vais vite filer, je vous appellerai de là-bas pour
vous donner des nouvelles !
-Entendu,
lui répondit son mari en l'embrassant doucement. Dis lui bien qu'on pense à
elle et à Ulym, et ne t'inquiète pas pour ici, je gère. Occupe toi d'elle, et
surtout, tiens nous au courant de ce qu'il peut se passer."


















































